circlusion, « power bottom »… quand la pénétration se réinvente

circlusion, « power bottom »… quand la pénétration se réinvente


LE SEXE SELON MAÏA

En sexualité, le partenaire qui pénètre est considéré comme « actif » : logique, non ? Cette association d’idées évoque le monde bien rangé de la sexualité en missionnaire. Et, pourtant, il suffit de retourner la situation pour que l’évidence vacille. Mettez le partenaire pénétrant sur le dos, enfourchez-le en position de l’amazone ou de l’Andromaque (c’est la même chose) : il devient bizarre de parler de pénétration. Par définition, la pénétration est une action. Comment qualifier ce rapport sexuel où le pénis occupe un rôle passif ?

Un mot existe : circlusion. Inventée en 2016 par l’artiste Bini Adamczak, « popularisée » en France en 2019 par l’auteur Martin Page, la circlusion consiste à enfiler, enserrer ou engloutir un pénis (ou des doigts, ou des godemichés, ou des concombres) dans son vagin ou son rectum. Quand on monte un homme, on le circlut. On passe d’un rapport pénétrant-pénétré (actif-réceptif) à un rapport circluant-circlué. Le rôle physique peut se doubler d’un rôle symbolique : je circlus, donc je domine. Je prends mon partenaire à l’intérieur de mon corps, donc je le prends tout court. (Note de terrain : j’ai toujours trouvé extrêmement étrange que certains hommes prétendent « prendre les femmes ». En attendant que le pénis devienne un organe préhensile, cette idée est incompatible avec la définition du mot « prendre » dans le dictionnaire, qui consiste à « saisir ».)

Un « troisième » rôle

Bien sûr, le verbe « circlure » n’est pas entré dans le domaine courant – il faut parfois des décennies pour qu’une expression s’impose. Cependant, un de ses « voisins » sémantiques commence à toucher le grand public : le power bottom. Il s’agit d’une personne dont le rôle sexuel serait traditionnellement considéré comme réceptif… mais qui dirige le rapport sexuel, y compris de manière agressive. Cette figure émerge en 2003, dans un essai de Steven Gregory Underwood (Gay Men and Anal Eroticism : Tops, Bottoms and Versatiles). Parmi la galerie de personnages présentés, un jeune homme, Aaron, se présente comme power bottom : « Je vais t’engloutir ; tu ne vas pas me pénétrer. Je vais t’avaler tout entier. Tu vas comprendre qui détient réellement le contrôle. »

Nous sommes ici au croisement de la circlusion et de la domination, sachant qu’un ou une power bottom peut prendre le dessus par ses mouvements (« Ne bouge pas, je viens sur toi ») ou uniquement par ses directives (« Pénètre-moi comme ceci ou comme cela »). Le rôle actif se complexifie : il y a l’action physique (concrètement, quel partenaire agit) et l’action symbolique (concrètement, quel partenaire décide). La même personne peut occuper les deux fonctions. Ou bien les amants se répartissent les rôles.

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