Comment le jeu de tarot est devenu un objet divinatoire

Comment le jeu de tarot est devenu un objet divinatoire


Tarot de Marseille édité par Grimaud, Maître Cartier depuis 1848. L’année 2020 a marqué le 90e anniversaire de ce tarot édité par Grimaud.

Des cercles initiés au grand public, le tarot fascine et suscite les fantasmes. Pour démêler l’histoire du mythe, l’historien du jeu Thierry Depaulis revient sur les origines et les évolutions de ce divertissement devenu, au fil du temps, objet de spéculations ésotériques.

Spécialiste du tarot en particulier, Thierry Depaulis a signé le catalogue Tarot, jeu et magie de la grande exposition présentée à la Bibliothèque nationale en 1984 et 1985. Il travaille actuellement sur le livre Tarots enluminés. Chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne qui paraîtra prochainement aux éditions Lienart.

Que sait-on de l’apparition de ce jeu, né en Italie à l’aube de la Renaissance ?

Thierry Depaulis : Le tarot apparaît vers 1430 en Italie du Nord, vraisemblablement à Milan ou Florence, sous le nom initial de trionfi, c’est-à-dire de « triomphe », qui provient de son innovation majeure. En effet, ce jeu de cinquante-six cartes divisées en quatre couleurs dans sa version italienne (la coupe, le bâton, l’épée et le denier) est caractérisé par une série de cartes supplémentaires, les trionfi, que nous appelons « atouts »  et que les ésotéristes nomment « arcanes majeurs ».

Cette spécificité provient d’un jeu de cartes inventé quelques années plus tôt, vers 1415-1418, par un humaniste milanais, Marziano da Tortona, à la demande du duc de Milan, Philippe Marie Visconti. L’un des deux – on ignore lequel – a l’idée de génie d’ajouter aux cartes régulières une série de seize cartes (contre vingt-deux pour le tarot) toujours supérieures aux autres et représentant des dieux de l’Olympe.

« Le tarot apparaît vers 1430 en Italie du Nord, vraisemblablement à Milan ou Florence »

Si les cartes viennent d’Orient, cette nouveauté scellera un apport occidental décisif : l’invention de l’atout. De ce prototarot naîtra le tarot proprement dit, une quinzaine d’années plus tard. La substitution de l’appellation trionfi par tarocco intervient pour une raison inconnue vers 1500, sans que les règles ou les cartes changent.

La piste étymologique pour l’origine de tarocco serait un lien avec la tare, au sens de la déduction (le poids à vide à déduire du poids brut), car, au tarot, on « déduit » certaines cartes avant de jouer : c’est l’écart. La gutturale finale du dialectal italien taroch a tombé pour donner le français « tarot », attesté dès 1505 sous l’écriture « tarau(x) ».

Comment ce nouveau jeu s’est-il diffusé à travers l’Europe ?

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