Police : histoire d’une institution contestée

Police : histoire d’une institution contestée


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Publié le 26 février 2021 à 10h42, mis à jour à 16h38

Les banlieues flambaient en cet automne 2005 et pour la première fois depuis la fin de la guerre d’Algérie, le gouvernement proclamait le 8 novembre l’état d’urgence pour trois mois. La mort de deux adolescents dans un transformateur électrique, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), alors qu’ils étaient poursuivis par la police, avait entraîné trois semaines d’émeutes, touchant à leur apogée 274 communes. Les forces de l’ordre étaient dépassées, il fut question de faire intervenir l’armée.

Considéré comme le premier sociologue de la police, Dominique Monjardet (1943-2006) remarquait qu’ailleurs des événements de cette ampleur avaient conduit à des réformes profondes de la police – comme en Grande-Bretagne après les émeutes de Brixton en 1981 ou aux Etats-Unis à la fin des années 1960. Mais en France, disait-il dans un entretien de la revue Mouvements en 2006, « il est hors de question que l’Etat se questionne lui-même. Cela est totalement étranger au génie français et c’est calamiteux ».

Quinze ans plus tard, le Beauvau de la sécurité, la grande concertation prévue sur quatre mois censée jeter les bases de la police du futur, paraît déjà lui donner raison. « Il convient de rapprocher davantage les Français de leur police », admettait le premier ministre, Jean Castex, lors de la première table ronde du 8 février, consacrée aux « relations entre police et population », et tenue dans un entre-soi étonnant au vu des enjeux. Mais il fut surtout question de moderniser la communication et de redorer l’image de la police. Au moyen, pourquoi pas, d’une série télé à la façon du Bureau des légendes.

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Vidéos accablantes

La police nationale, c’est peu dire, a un problème d’image. Elle a surtout un problème d’images, vues des millions de fois sur les réseaux sociaux. Celles de la répression brutale du mouvement des « gilets jaunes ». Celles du passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler, du démantèlement à coups de matraque d’un campement de migrants place de la République, ou de lycéens agenouillés les mains derrière la tête. Et avant celles-là, une image qui les contenait déjà toutes : celle d’un proche du président, Alexandre Benalla, maillon louche des rapports entre Etat et police, usurpant le brassard le 1er mai 2018 pour brutaliser un manifestant. « Compte tenu de son titre d’adjoint au chef de cabinet de l’Elysée, tout le monde a cru qu’il devait lui obéir », disait au Monde Jean-Paul Mégret, secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police.

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